Les premiers jours du poker
Le Poker, ou du moins ses premières versions, s'est imposé peu à peu sur les bateaux à aubes du Mississippi, à partir des années 1830. L'Histoire dispose de 3 références écrites.
1829 : Joe Cowell
Joe Cowell, acteur anglais itinérant, a publiée un témoignage dans Thirty Years Passed Among the Players in England and America, en 1844. La scène se passe à bord du steamboat Helen M'Gregor sur la ligne Louisville - Nouvelle-Orléans. L'auteur décrit le jeu auquel il a assisté comme « un grand jeu de flambe de l'Ouest, dérivé du Brag anglais, inventé par Henry Clay quand il était jeune » (Henry Clay était un célèbre homme politique de l'époque).
Il décrit une partie où un tricheur règne en maître. même si, à la fin, il est mis à mal par un joueur intrépide. Le jeu comporte 20 cartes, il y a 4 joueurs et une seule donne fournissant 5 cartes par joueur.
1829 : Jonathan Green
Jonathan H. Green, dans Exposure of the Arts and Miseries of Gambling (1843), décrit lui aussi la version pokérienne à 20 cartes et quatre joueurs qu'il a vue de ses yeux sur les steamboats du Mississippi en février 1933. Elle concorde exactement avec celle de Cowell.
1835 : Sol Smith
Dans Theatrical Management in the West and South for Thirty Years (New York, 1868), Sol Smith relate une partie sur un steamboat en précisant la différence entre «low cards» et «large cards» (c'est-à-dire supérieures à Dix). Cette précision permet de penser que c'est vers le milieu des années 1830 que le jeu est passé progressivement à 52 cartes.
La première mention écrite de poker fermé avec change de cartes (Draw Poker) se trouve dans l'édition américaine de 1850 du Bohn's New Handbook of Games, page 384 (noté par David Parlett, grand historien des cartes). La version du Poker à 20 cartes, encore appelée Bluff, comme le précisent les différentes éditions du Hoyle's Games, aurait été jouée jusqu'en 1857 à New York. Il n'est pas impossible que le passage de 20 cartes à 52 cartes ait eu lieu sur le Mississippi dans la décennie 1830, mais ce peut tout aussi bien être dans la décennie 1840.
Vengeance sur le Mississippi
Une règle s'est vite imposée, même si elle n'était pas observée partout. Il s'agissait de refuser les paris sur parole. Donc de ne relancer qu'avec l'argent qu'on avait sur soi. Ce n'était pas encore la règle du « table stakes », qui est venue plus tard (relance limitée à l'argent sur la table). C'était néanmoins plus sûr que les relances fantaisistes qui ont vu de nombreuses bagarres éclater dans les temps héroïques des premiers steamboats.
Un témoin d'avant la guerre de sécession (1861) raconte, dans Poker Stories de Lilliard (1896) :
« Chacun de ces planteurs avait une fortune en poche sans vraiment savoir ce qu'argent voulait dire. Et évidemment, certains étaient de satanés joueurs. (.) Il y avait toujours une partie de cartes à bord, généralement du poker, et les joueurs en question étaient rarement gagnants. J'ai souvent vu mille dollars changer de mains sur un seul coup, d'autant qu'il n'y avait aucun plafond d'enjeu en-dehors de l'argent que le joueur pouvait montrer. Il n'était pas possible de le relancer au-delà de cette somme. Ces hommes rudes étaient également équipés d'armes blanches et de revolvers, et il n'était pas rare d'entendre parler la poudre. »

